Economie de la construction : Quels apports des sciences économiques au monde du Génie Civil

Franck CARLOS – Enseignant chercheur –  novembre 2015

 

La construction fait intervenir plusieurs facteurs economie constructionqui au final créent une complexité dans l’évaluation raisonnable et raisonnée de l’ouvrage fini. Cette complexité amène certaines personnes à estimer sans aucune référence des éléments d’un ouvrage parceque au préalable ils sous-estiment ou surestiment les enjeux (Vachal 2002 ; Claude -2011). Cette situation a pour conséquence une présentation trop élevée du coût de l’ouvrage ou une sous estimation qui entraine un arrêt brutal de l’exécution des travaux avec toute la suite de contentieux juridique que cela puisse créer. A cet effet l’une des préoccupations majeures entre maitre d’ouvrage et maitre d’œuvre est avant de deux sortes : le coût de l’ouvrage et le délai d’exécution des travaux. Le concept qualité est une troisième conséquence, mais nous ne le développons pas dans cet article.

 

Le bâtiment coûte «cher » et souvent les clients comme les entrepreneurs ne sont pas en mesure de comprendre cette forte élévation des prix. C’est dans et ordre d’idées qu’une économie de la construction s’impose. Elle cherche à cerner les multi facettes qui entrent en jeu en matière de réalisation d’un ouvrage et de montrer que dernière les systèmes supposés complexes il existe une organisation et une méthodologie simple capable de cerner les enjeux de la construction. A priori cela parait simple puisqu’il s’agit d’une quantification et d’une valorisation des besoins. Mais l’économie de la construction demande une certaine rigueur, une capacité d’analyse et d’organisation. Ces exigences sont liées à une évolution des réglementations et même des techniques. La question centrale est de savoir si l’intervention des sciences économiques dans le monde du Génie civil est fondamentale ? Existerait il un besoin économique du Génie Civil qui favorise cette liaison entre deux sciences qui à première vue sont indépendantes ?

Rappelons au préalable que le concept de science économique doit être vu dans sa globalité. C’est-à-dire qu’en plus de l’économie au sens strict, elle intègre les sciences de gestion. Si les sciences économiques évoluent dans un monde en perpétuel changement et que le Génie Civil est intégré dans ce monde, la transdisciplinarité s’impose d’elle-même. A cet effet les sciences économiques se proposent de mettre en exergue tout d’abord le concept de développement durable en mettant en avant l’environnement, le social et l’économique ; ce qui fait intervenir directement en second lieu la recherche d’une parfaite symbiose entre les structures de production de matériels et matériaux en amont, les gestionnaires et comptables des coûts en aval ainsi que les ingénieurs, les architectes et les maîtres d’ouvrages au centre de la conception du projet. Ce qui revient à se projeter sur le profil et la mission de l’économiste de la construction.

Appelé par certains métreur-vérificateur-conseil, économiste-vérificateur-conseil ou tout simplement économiste en construction, on voit bien que les contours de cette fonction ne sont pas clairement limitées et font appelle à une dimension holistique qui se résume en une cognition unique. Tout comme l’Aleph  qui  est  un  des  points  de  l’espace  représentant  tous  les points, la projection des sciences économiques dans le Génie Civil pour ne former qu’un est une réponse à l’exigence de cette évolution du moment. C’est pourquoi la mission de l’économiste de la construction demande une maitrise des coûts de projet, une organisation du projet ainsi qu’une capacité d’évaluation avant, pendant et après le projet.

Par conséquent l’économie de la construction s’inscrit dans la recherche d’une corrélation parfaite entre le monde du Génie Civil et celui des Sciences Economiques et explique que la construction ne peut se réaliser sans l’économie. La réflexion engagée et exposée démontre qu’une meilleure approche de la construction passe  inéluctablement par la prise en compte de l’économie. Il ne peut exister une évolution séparée de ces deux entités mais plutôt une évolution synchronisée en vue d’une meilleure approche.

Afin de créer cette jonction trois axes de réflexion sont à poser :

  • La planification théorique des ouvrages. Elle s’inspire principalement des outils de la recherche opérationnelle afin de répondre à la problématique des délais d’exécution des travaux, la réduction des coûts. Dans ce sens la théorie des graphes cherchera à modéliser les situations que lui exposera le Génie Civil afin de fournir des outils d’aide à la décision. Cependant la recherche opérationnelle ne cherche pas à imposer une décision mais montre toute la rationalité de la décision (Pascal – 1654), (Phélizon – 1998).
  • L’Etude de prix en se basant tout d’abord sur la comptabilité analytique. Toujours dans l’optique d’une prise de décision rationnelle, la comptabilité analytique, à partir de ses outils, cherche à suivre les flux internes et externes à la réalisation d’un ouvrage afin de fournir des informations nécessaires à la prise de décision (Melyon – 2007). Pour ce faire, la comptabilité analytique se propose d’abord d’analyser et de maitriser les coûts (Jacquot et Milkoff – 2007) d’autant plus que le produit final fait l’objet de transformations multiples d’où la complexité des intrants exposés antérieurement. Elle se propose ensuite, à partir du contrôle de gestion et plus particulièrement de l’analyse d’écart, de comprendre et de réduire la différence entre le prévisionnel et le réel. Ce qui veut dire que l’économie de la construction nécessite une anticipation qui se doit de tenir compte des risques notamment des fluctuations de prix des matériaux et autres intrants. Par conséquent l’économie de la construction ne peut se départir de l’économétrie.
  • L’organisation et la gestion de chantier. C’est la gestion organisationnelle et des ressources humaines, de même que la gestion financière à long terme. L’objectif recherché est de contrôler la productivité sur le chantier et l’adéquation entre la phase exécution et planification du projet afin d’améliorer la qualité de la production sur chantier et d’éviter toute ambigüité durant la mise en œuvre (Vuilerme et Richaud – 1995). Une mauvaise disposition des composantes du projet entraine des surcoûts et le nom respect des délais d’exécution. Quant à la rentabilité à long terme des chantiers, elle permet au maître d’œuvre d’accepter ou  de refuser un projet ou encore de porter un choix quant à la sélection des projets en situation de rationnement de capital.

A partir de la théorie de la transposition qui affirme que toute situation a une explication par changement de référentiel car tout est lié (Carlos 2014), le Génie Civil peut être mieux vu et expliqué par l’œil des sciences économiques. Les preuves sont nombreuses dans les autres sciences. Les processus d’Ornstein-Uhlenbeck  sont utilisés dans le modèle de Vasicek (1977) pour modéliser les taux d’intérêt. La mécanique des fluides et les sciences physiques permettent de mieux approcher les milieux turbulents et les systèmes dynamiques à partir des équations de Navier-Stokes et de Fokker Planck. Si ces progrès existent c’est parcequ’il a été créé un rapprochement entre les sciences expérimentales, les sciences formelles et les sciences sociales. C’est ce qu’explique l’économie de la construction d’autant plus que ce rapprochement est une nécessité qui se doit d’être expliquée, analysée et partagée.

Comme le disent les latins : « Non scholæ, sed vitæ discimus[1] » ; pour dire que la réflexion n’est pas orienté uniquement aux praticiens du Génie Civil. Elle s’ouvre aussi aux ingénieurs, aux architectes, aux maitres d’ouvrage, aux gestionnaires, aux comptables ainsi qu’aux personnes qui s’intéressent au monde du Génie Civil.

 

[1] Nous n’apprenons pas pour l’école mais pour la vie